Un fumeur allume une cigarette, la fume jusqu'au bout puis jette le mégot. C'est un geste automatique, presque anodin aux yeux de celui qui le fait : comment un objet aussi petit pourrait-il avoir un impact significatif ? Pourtant, les mégots s'accumulent à grande vitesse. Selon l'organisation Ocean Conservancy, 4 500 milliards d'entre eux sont jetés chaque année dans le monde. À cette échelle, ils ont des conséquences considérables sur les rues, le sol et l'environnement en général, sans compter l'augmentation du risque d'incendie.
Des ingrédients toxiques
Le tabac contient des métaux lourds et divers produits chimiques susceptibles d'empoisonner les animaux qui ingèrent des mégots abandonnés. Ces substances toxiques se diffusent également dans le sol et dans l'eau. Leur concentration modifie l'équilibre chimique du sol ainsi que son acidité, ce qui affecte directement la santé des plantes qui y poussent. Les composants les plus nocifs de la cendre de cigarette sont le plomb, le nickel, le titane et le zinc, libérés rapidement dans le sol et l'eau à des concentrations élevées ; le baryum, le strontium, le manganèse et le fer, quant à eux, se lessivent plus progressivement, sur plusieurs semaines.
Des déchets à dégradation lente
Beaucoup de gens supposent que la feuille de tabac et le papier qui l'enveloppent sont biodégradables et se décomposent rapidement. Cette idée n'est que partiellement vraie. Les métaux présents dans la cendre se lessivent à des rythmes variables, mais se dégradent ensuite très lentement et peuvent persister pendant des décennies dans le sol, affectant les plantes qui y poussent et les animaux qui s'en nourrissent. Par ailleurs, la radioactivité issue des phosphates, couramment utilisés pour fertiliser les cultures de tabac, peut subsister dans le sol pendant des années. Quant aux filtres des cigarettes, ils sont fabriqués en acétate de cellulose, un plastique dont la décomposition peut prendre jusqu'à douze ans.
Un cycle de contamination
Les plants de tabac absorbent des métaux lourds tels que le zinc, le cadmium et le plomb présents dans le sol, notamment à cause des engrais et pesticides utilisés dans les plantations. Ces substances s'accumulent dans les feuilles de tabac et deviennent donc partie intégrante des cigarettes. Outre les dommages directs qu'ils causent à la santé des fumeurs, ces produits chimiques retournent au sol sous forme de cendre de cigarette, où ils contribuent à la pollution avant de passer dans la chaîne alimentaire par l'intermédiaire de l'herbe ou des cultures poussant là où la cendre est tombée. Ils provoquent des dommages à long terme en s'accumulant progressivement dans l'organisme des personnes et des animaux qui consomment ces récoltes : le plomb affecte par exemple l'activité cérébrale, tandis que le cadmium peut perturber les processus digestifs.
Une problématique plus large
D'un côté, l'industrie du tabac offre des emplois aux populations de régions défavorisées du monde et génère des profits pour les entreprises qui les emploient. De l'autre, l'effet de la cendre de cigarette sur le sol ne représente qu'une petite partie d'un tableau bien plus vaste : celui de la dégradation des terres et des émissions de gaz à effet de serre. Ces risques à long terme résultent en partie du déboisement destiné à la culture du tabac et de l'utilisation massive d'engrais artificiels pour favoriser sa croissance.
Source : https://jardin.98905.com/garden-lawn/soil/1007006406.html
