Contrairement aux maisons modernes, où une même pièce peut remplir plusieurs fonctions, la société victorienne tenait à attribuer à chaque espace un usage bien précis. Chaque activité de la vie quotidienne se déroulait ainsi dans une pièce dédiée. Plus une famille était fortunée, plus sa maison comptait de pièces pour répondre à ces besoins. Les familles moins aisées, en revanche, autorisaient certaines pièces à cumuler plusieurs usages : le salon de réception servait alors souvent également de salon de retrait.
Fonction
Le salon de retrait était l'ancêtre direct du salon de réception. Cette pièce était destinée aux femmes de la maison : à la fin d'un dîner, les dames s'y retiraient pour converser, tandis que les messieurs restaient à table pour discuter affaires, boire et fumer. Les femmes y jouaient aux cartes ou à des jeux de société, ou se divertissaient mutuellement en musique.
Le salon de réception, quant à lui, accueillait les invités aussi bien le jour qu'en soirée. Véritable centre social de la maison, il était toutefois réservé aux adultes : les enfants n'y avaient généralement pas accès, afin d'éviter qu'ils n'endommagent accidentellement les décorations.
Décoration
Puisque le salon de réception servait à recevoir les invités, on y consacrait une énergie et un budget considérables afin de le rendre le plus impressionnant possible. Rideaux épais ornés de franges et de passementeries élaborées, fougères luxuriantes abritées sous cloches de verre, délicates figurines en céramique et chaises aux lignes fines comptaient parmi les attributs typiques des salons de réception victoriens. Une cheminée y trônait toujours, dont le manteau était généralement chargé d'ornements en tous genres.
Le salon de retrait bénéficiait lui aussi d'une décoration soignée et élégante, mais il demeurait nettement moins raffiné que le salon de réception, son rôle étant avant tout privé et familial.
Genre
La fonction de chaque pièce conférait à celle-ci un genre implicite. Le salon de retrait était indéniablement un espace féminin : essentiellement occupé par les femmes, il était conçu pour préserver leur sensibilité des activités masculines que représentaient la consommation d'alcool, le cigare et les discussions politiques.
Le salon de réception, en revanche, pose un véritable casse-tête aux chercheurs spécialistes de l'époque victorienne. Ses décorations raffinées et l'importance accordée à la vie domestique familiale plaident pour un espace féminin ; pourtant, d'autres éléments doivent être pris en compte. Pièce publique destinée à recevoir les deux sexes, il s'inscrit dans ces espaces de représentation que les études victoriennes associent traditionnellement à la domination masculine. Ses ornements constituaient d'ailleurs aussi un moyen pour le maire de maison d'afficher sa réussite financière, offrant une vitrine publique à la sphère privée du foyer.
Classe sociale
Le nombre de pièces d'une maison et la manière dont une famille les utilisait reflétaient directement son statut social. Les grandes demeures disposaient d'un salon de réception et d'un salon de retrait distincts, tandis que les familles des classes moyennes et populaires utilisaient le salon de réception pour les deux fonctions.
Une famille aisée ne recevait formellement dans son salon de réception qu'environ une fois par semaine, alors que les familles moins favorisées s'y réunissaient fréquemment pour des loisirs en famille. Les riches consacraient par ailleurs une pièce distincte, la salle du matin, aux activités quotidiennes du foyer, et l'arrière-salon aux repas familiaux ; les familles au budget modeste, elles, employaient le salon de réception comme salle du matin également.
Source : https://jardin.98905.com/home-design-decor/home-decor-planning/1007063514.html
