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Comment les arbres utilisent la chimie pour se défendre contre les insectes

À première vue, un arbre semble dépourvu de toute défense face aux insectes herbivores : immobile, il ne peut fuir ses assaillants mobiles. Pourtant, les arbres et les autres végétaux peuvent contrer activement cette herbivorie grâce à des composés chimiques présents dans leurs tissus. Le développement de telles défenses témoigne de la complexité de l'évolution, faite d'allers-retours permanents entre les organismes qui interagissent sur de vastes étendues de temps.

Défenses chimiques quantitatives et qualitatives

Les défenses chimiques des plantes se divisent grossièrement en deux catégories : quantitatives et qualitatives.

Les substances quantitatives agissent en fonction du dosage : leur effet répulsif sur les insectes ou autres herbivores s'intensifie avec la concentration. Elles prennent généralement la forme de composés comme les tanins, qui rendent les tissus végétaux moins appétents ou moins nutritifs pour l'herbivore.

Les substances qualitatives, elles, sont indépendantes du dosage : efficaces à pratiquement n'importe quelle concentration, elles sont souvent activement toxiques, voire mortelles pour les phytophages.

En règle générale, les arbres pionniers à croissance rapide, typiques des premiers stades de la succession écologique, privilégient les défenses qualitatives. Les défenses quantitatives, dont l'accumulation exige du temps et de l'énergie, caractérisent plutôt les arbres longévifs à croissance lente.

Exemple : le peuplier faux-tremble

Le peuplier faux-tremble figure parmi les hôtes de prédilection de l'un des ravageurs forestiers les plus redoutés d'Amérique du Nord : la spongieuse (Lymantria dispar), qui se nourrit au total de plus de 200 espèces d'arbres. Issus des masses d'œufs recouvertes de poils par la femelle, les chenilles commencent au printemps à dévorer les feuilles sous couvert de la nuit. Des bosquets entiers peuvent ainsi être totalement défoliés.

Certains peupliers faux-trembles possèdent, par prédisposition génétique, de fortes concentrations de composés chimiques apparentés à l'aspirine, appelés salicylates, capables de repousser ou d'empoisonner les chenilles de la spongieuse. En raison de cette variabilité dans la séquestration des salicylates, un même bosquet infesté peut présenter des arbres réduits à leur squelette tandis que d'autres, plus résistants, conservent toutes leurs feuilles.

Une course aux armements évolutive

Les arbres et leurs insectes herbivores se livrent une véritable course aux armements évolutive. Une plante qui développe un composé chimique — quantitatif ou qualitatif — capable de dissuader ou d'éliminer ses attaquants insectes survit et transmet ses gènes, introduisant ainsi ce trait dans la population. De même, un insecte présentant une certaine résistance à ce composé transmet son immunité à sa descendance. Ce mécanisme encourage l'émergence d'une défense encore plus puissante chez la plante, et ainsi de suite, dans un cycle sans fin d'adaptations réciproques.

Autres stratégies défensives

Les voies chimiques ne constituent pas la seule arme des plantes contre les insectes. L'acacia cornu (Vachellia cornigera), par exemple, héberge des fourmis dans ses épines creuses et leur offre des sources de nourriture spécialisées ; en échange, ces fourmis repoussent agressivement les insectes et autres herbivores qui menacent l'arbre.

C'est l'un des exemples les plus célèbres de mutualisme, forme de symbiose dans laquelle deux organismes coopèrent et tirent tous deux profit de leur interaction.


Source : https://jardin.98905.com/plants-flowers-herbs/trees/1007114398.html
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