Quand l'agriculture nourrit sa propre communauté
Lorsqu'Amy Countryman, de Bloomington (Indiana), exploitait une petite ferme biologique, elle dépendait de denrées gratuites distribuées par une banque alimentaire locale pour nourrir sa famille.
« En tant qu'agricultrice, j'étais très pauvre. Je ne pouvais pas me permettre de manger dans les restaurants auxquels je vendais mes produits », raconte-t-elle.
Pendant ses études de sciences de l'environnement à l'Université de l'Indiana, Countryman a proposé la création d'un verger communautaire à Bloomington comme sujet de mémoire de fin d'études. Elle s'est inspirée d'un cours sur la foresterie urbaine et d'un été passé à travailler dans un verger de pommiers du comté de Daviess, dans l'Indiana.
« Il y avait tellement de fruits au sol, simplement tombés des arbres », se souvient-elle.
La ville de Bloomington a accueilli favorablement le projet et mis à disposition un terrain d'environ 82 mètres sur 40, ainsi qu'un petit capital de démarrage. Des bénévoles y ont planté des arbres fruitiers et d'innombrables légumes. Le verger communautaire de Bloomington a ensuite obtenu des subventions de 20 000 dollars ainsi que plusieurs dizaines d'arbres.
Le verger remplit une double mission : fournir gratuitement de la nourriture à la communauté et sensibiliser le public à la culture biologique des vergers et à la durabilité alimentaire.
« J'adore l'idée de fruits gratuits accessibles à tous ceux qui le souhaitent », déclare Countryman.
Une ressource locale
À l'image de celui de Bloomington, les vergers communautaires fleurissent depuis quelques années dans les villes et villages des États-Unis, à mesure que leurs avantages sont reconnus.
Cultiver fruits et légumes de manière biologique favorise la biodiversité et contribue à éliminer les pesticides nocifs de l'environnement. Un pommier adulte et en bonne santé produit davantage de fruits qu'une seule famille ne peut en consommer, et la consommation d'aliments locaux encourage une alimentation nutritive tout en réduisant le carburant nécessaire au transport des denrées.
« Partout dans le pays, des vergers communautaires commencent à voir le jour », affirme Burnell C. Fischer, professeur clinique à l'École des affaires publiques et environnementales de l'Université de l'Indiana et ancien directeur de la Division de la foresterie du Département des ressources naturelles de l'Indiana.
Le Community Orchard de West Seattle, imaginé en 2010, produit déjà des résultats concrets. Dès sa première année de production, il cède environ les deux tiers de sa récolte à la banque alimentaire de West Seattle, qui dépend des dons pour servir chaque semaine entre 750 et 800 familles.
Le collège communautaire South Seattle a offert au projet son terrain : une parcelle longue et étroite située sur le flanc d'un ravin, où aucune construction n'était possible. Une trentaine de personnes ont transformé cet espace en verger en une seule journée, selon la méthode de permaculture, explique Helen Shampain, membre du comité de pilotage. Celle-ci consiste à superposer du carton et de la matière organique avec de petites quantités de compost et de terre.
« On imite ce que la nature ferait sur une longue période », précise Shampain.
Selon elle, l'intérêt nutritionnel d'un verger proche de chez soi constitue un argument majeur pour les bénévoles qui cherchent à rester autosuffisants dans un contexte économique difficile.
« Les temps sont durs pour certains de nos membres », confie-t-elle.
Autre exemple : le Philadelphia Orchard Project, fondé en 2007 pour accompagner la création de vergers dans la ville, a soutenu la plantation de 27 vergers à ce jour. Son verger SHARE, dans le quartier d'Allegheny, complète les sources d'aide alimentaire d'urgence régionales et enseigne aux habitants comment cultiver leur propre nourriture. Le Greenfield Orchard, situé dans le centre-ville, permet quant à lui aux élèves de l'école primaire Greenfield d'étudier l'alimentation et l'écologie dans une forêt-jardin comestible, dont la récolte leur fournit des collations saines.
Ce qu'il faut prendre en compte
Dans un article publié en mai 2011 dans le magazine « The Ecologist », Matilda Lee affirme que l'élément le plus important lors du lancement d'un verger communautaire est un groupe de personnes engagées. « Tout le reste peut être étudié, appris, trouvé ou financé, à condition de disposer d'un terrain bien drainé », peut-on y lire.
L'argent et les experts sont également essentiels.
Renseignez-vous sur les subventions régionales et nationales. Thomas J. Kalb, horticulteur vulgarisateur à l'Université d'État du Dakota du Nord, recense dans son manuel consacré aux vergers (mars 2011) des subventions nationales allant de 500 à 250 000 dollars. Parmi les organisations et entreprises qui financent les initiatives écologiques figurent la Fruit Tree Planting Foundation, Pepsi, Brita et Tom's of Maine. Des subventions fédérales liées à l'Affordable Care Act sont également disponibles pour ce type de projets.
Nouez enfin des relations avec des experts capables de vous aider à rédiger les statuts de votre association, à sélectionner arbres et plantes auprès de pépinières réputées, à répondre aux questions d'entretien courant du verger et à aborder les questions de responsabilité concernant les bénévoles et les visiteurs.
Les bases d'un verger
Comme les arbres fruitiers sont relativement faciles à planter, certains s'étonnent qu'ils ne bordent pas les rues des villes. Selon Lee Huss, urbaniste forestier de Bloomington, les arbres fruitiers ont souvent un port étalé, ce qui les rend peu pratiques dans les espaces fréquentés par le public. Ils exigent en outre une taille régulière et peuvent être salissants.
Un verger offre aux arbres l'espace dont ils ont besoin pour s'épanouir. Le site peut être détenu en pleine propriété, loué ou mis à disposition par convention auprès d'un groupe communautaire ou d'une autorité. L'utilisation d'un terrain public est idéale, car elle évite les complications liées au zonage, souligne Fischer.
Mais un verger ne peut pas être planté n'importe où. Le site doit bénéficier d'un plein ensoleillement et disposer d'une source d'eau. Bien que les besoins diminuent avec l'âge des arbres, les jeunes vergers exigent des arrosages fréquents durant leurs premières années. Par ailleurs, des bénévoles compétents et engagés doivent être mobilisés avant le démarrage des travaux. Il est judicieux de pouvoir consulter un gestionnaire de verger expérimenté ou un spécialiste de l'agriculture urbaine, et d'intégrer à l'équipe un rédacteur de demandes de subventions.
L'opération n'est pas bon marché. Un budget type publié en mars 2011 par l'Extension de l'Université d'État du Dakota du Nord chiffre les coûts de démarrage d'un verger clôturé comptant 52 arbres et des centaines d'arbustes sur un espace d'environ 90 mètres sur 45 à près de 13 435 dollars — sans compter les dépenses continues en eau et en fertilisation.
Fischer recommande de constituer des réserves financières ou d'obtenir des subventions d'environ 10 000 à 15 000 dollars : un financement de donateurs peut toujours tomber à l'eau, ou une urgence surgir.
Huss conseille quant à lui de faire vivre le verger pendant quatre ou cinq ans avant de l'étendre.
« Restez sur vos acquis... Faites-le bien, apprenez à franchir les obstacles qui se présenteront », recommande-t-il.
Bien plus que de la nourriture
Les effets à long terme de la dimension éducative des vergers communautaires sont difficiles à mesurer, mais les actions de sensibilisation peuvent avoir une portée considérable, encourageant notamment des programmes de plantation d'arbres dans les quartiers.
Le verger communautaire de West Seattle a été financé par une subvention « Large Projects » du Département des quartiers de Seattle, qui imposait une formation gratuite du public à la culture vivrière. Depuis fin 2010, particuliers et groupes suivent des cours au verger et repartent avec de nouvelles connaissances. Résultat, selon Shampain : des potagers fleurissent désormais dans les quartiers de West Seattle.
Les initiatives pédagogiques du verger communautaire de Bloomington comprennent des ateliers destinés aux écoliers et des cours de gestion biologique des vergers proposés par la ville. Les familles peuvent aussi faire du « suivi d'arbre » une activité du week-end : chacune suit l'évolution d'un arbre en particulier.
Le sentiment d'appartenance à une communauté qu'engendrent ces activités constitue un bénéfice inestimable pour les bénévoles. Ils nouent des amitiés et créent des alliances pour d'autres projets locaux. En apprenant à se connaître, ils insufflent même un sentiment de sécurité physique dans le quartier, note Shampain.
« C'est une toute petite façon de rendre le monde meilleur », conclut-elle.
Source : https://jardin.98905.com/plants-flowers-herbs/outdoor-growing/1007110767.html
