Une histoire étroitement liée à la monarchie française
La famille Gobelin, dont le nom est devenu synonyme de tapisseries françaises d'exception, exerçait au milieu du XVe siècle le métier de teinturier à Paris. Au XVIIe siècle, sous l'impulsion du roi Henri IV qui fit venir des tisserands flamands, leur atelier se transforma en une véritable manufacture de tapisseries destinées à orner les murs des demeures les plus prestigieuses du royaume.
Le roi Louis XIV poursuivit cette œuvre en élargissant considérablement la production : ameublement, garnitures de mobilier, orfèvrerie d'argent et d'or vinrent compléter l'activité de la manufacture, entièrement dédiée à la Couronne. Lorsque les finances royales vinrent à manquer, l'usine ferma ses portes. Elle rouvrit en 1699 et se consacra dès lors exclusivement à la tapisserie jusqu'au XIXe siècle, époque à laquelle la fabrication de tapis devint une extension naturelle du savoir-faire de ses tisserands.
Aujourd'hui, la manufacture des Gobelins est la propriété de l'État français, placée sous la tutelle du ministère de la Culture. Elle continue de créer des ouvrages pour la République et accueille le public dans ses murs.
Les motifs des tapisseries des Gobelins
Lorsque la manufacture devint un centre majeur de production de tapisseries, le peintre renommé Charles Le Brun fut chargé de diriger l'ensemble des créations. Il commandait des esquisses préparatoires, appelées « cartons », auprès des artistes les plus célèbres de l'époque ; ces cartons constituaient la base de la plupart des tapisseries et des garnitures d'ameublement produites. L'artiste français Jean Restout, ainsi que les peintres de cour de France et du Saint-Empire romain germanique, contribuèrent tous à alimenter la manufacture en modèles.
Les compositions dites « mille-fleurs », mêlant des milliers de fleurs et de feuillages, ainsi que les représentations des châteaux de la vallée de la Loire comptaient parmi les thèmes favoris. Somptueuses, toutes ces œuvres exhalaient le luxe et la magnificence propres à la monarchie française.
Un savoir-faire de tissage exceptionnel
Les tapisseries des Gobelins étaient tissées et cousues entièrement à la main. La technique propre à la manufacture était particulièrement complexe : les apprentis consacraient souvent de huit à dix ans à perfectionner leur art. Aucun nœud n'était utilisé, et l'ouvrage était réalisé sur un métier de basse-lice. Plusieurs tisserands travaillaient simultanément sur une même pièce, guidés par la reproduction sur toile de l'œuvre originale, en tissant à partir de l'envers du tissu. Un miroir placé sous la pièce permettait de suivre, grâce à son reflet, l'avancement de l'image au fil du travail. Enfin, un cadre était intégré directement au tissage afin d'offrir un rendu parfaitement achevé.
Des collectionneurs illustres
Madame de Pompadour, célèbre favorite du roi Louis XV, admirait les tapisseries des Gobelins et en commanda plusieurs pour sa résidence personnelle, le château de Bellevue. Les murs du château de Versailles sont également ornés de pièces issues de la manufacture. Le palais du Grand Maître, à Malte, possède quant à lui une série de tapisseries aux thèmes africains et sud-américains. Ces contrées étaient alors méconnues des Européens, et les œuvres représentaient des oiseaux aux plumages éclatants ainsi que des animaux sauvages, d'après des œuvres commandées par Louis XIV. Saisies initialement par des pirates au large de la Sicile, ces pièces furent rachetées contre rançon avant d'être remises au gouvernement maltais.
La destruction sous la Révolution française
La Révolution française entraîna la destruction de nombreuses œuvres d'art provenant des demeures fastueuses de la Cour et des riches notables du royaume. Des tapisseries des Gobelins furent pillées et brûlées. Une fois la paix revenue, elles furent remplacées par des créations aux motifs plus sobres et à la facture simplifiée. L'âge du faste et du luxe, comme celui des grandes tapisseries des Gobelins, touchait alors à son terme.
Malgré ces épreuves, la manufacture des Gobelins demeure aujourd'hui l'un des emblèmes les plus prestigieux de l'artisanat d'art français, perpétuant un savoir-faire séculaire transmis de génération en génération.
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