Des fleurs nommées « lys »… à l'odeur de charogne
Lorsque vous entendez le mot « lys » (Lilium), vous pensez sans doute à une gracieuse vivace au parfum délicat, qui s'épanouit chaque année dans les zones de rusticité 4 à 9 définies par le ministère américain de l'Agriculture (USDA). Pourtant, l'appellation « lys » sert couramment à désigner des fleurs issues de genres très différents, parmi lesquelles figure un groupe singulier : les fleurs charognardes. Généralement exotiques et d'une beauté remarquable, elles exhalent une odeur si fétide qu'on ne l'oublie plus jamais après l'avoir respirée une seule fois. Autant dire que le nom de « lys » leur convient fort mal.
Le lys vaudou (Dracunculus vulgaris)
Aussi appelé arum dragon, le lys vaudou exhale une odeur que l'on compare volontiers à celle de la chair en putréfaction. Ce parfum repoussant lui permet d'attirer les scarabées, ses pollinisateurs attitrés. Malgré son effluve nauséabond, cette plante n'en demeure pas moins spectaculaire : sa floraison peut approcher le mètre de haut, avec une inflorescence aux bords frangés éclatant de rose et de pourpre. Le lys vaudou possède une autre particularité fascinante : il est capable d'élever sa propre température interne afin de stimuler l'activité des insectes pollinisateurs. Même à l'ombre, il parvient ainsi à atteindre environ 43 °C (110 °F).
L'arum cheval mort (Helicodiceros muscivorus)
Étroitement apparenté au lys vaudou, l'arum cheval mort est natif des îles méditerranéennes de Corse, des Baléares et de la Sardaigne. Cette grande fleur malodorante porte également le surnom d'« arum cul de cochon », tant son inflorescence ressemble à l'arrière-train d'un porc, queue comprise. À l'instar du lys vaudou, elle élève sa température interne pour se rendre plus attrayante auprès des mouches et autres pollinisateurs. Mais là où certains végétaux sentent la chair putride, celle-ci diffuse une odeur caractéristique de poisson pourri, qui contraste avec l'allure majestueuse de sa grande fleur violacée tachetée.
La rafflesia de Arnold (Rafflesia arnoldii)
Pour cette espèce endémique des forêts tropicales humides de Sumatra et de Bornéo, tout est dit dans son nom commun : la « fleur cadavre ». Menacée d'extinction, elle détient le titre de plus grande fleur solitaire au monde, avec un diamètre pouvant atteindre près d'un mètre. Il s'agit en outre d'une plante parasite : elle vit cachée dans le bois de la liane Tetrastigma jusqu'au moment où elle jaillit brutalement pour éclore. Son allure inhabituelle — cinq pétales charnus rouges constellés de points blancs — intrigue autant que son odeur de cadavre en décomposition, redoutablement efficace pour attirer mouches et insectes prédateurs qui assurent sa pollinisation et sa reproduction.
Et le parfum des véritables lys de jardin ?
Bien que nombreuses soient les fleurs portant le nom de « lys » à dégager une odeur offensante, les véritables lys de jardin sont réputés pour leur parfum puissant et enivrant. On les plante volontiers dans les massifs et on les utilise comme fleurs coupées pour composer centres de table et décorations florales. Cependant, même ce parfum généralement apprécié ne fait pas l'unanimité : certaines personnes le trouvent si entêtant qu'il finit par devenir écoeurant, voire franchement désagréable.
Source : https://jardin.98905.com/plants-flowers-herbs/flower-basics/1007020592.html
