Dans l'architecture résidentielle américaine, le style Craftsman occupe une place à part. Il marque d'abord une rupture nette avec les styles victoriens qui dominaient la fin du XIXe siècle. Surtout, il représente la première tentative sérieuse d'offrir des maisons de grande qualité aux classes moyennes. Parmi toutes ses déclinaisons, les bungalows de plain-pied ou d'étage et demi ont particulièrement touché le public : des dizaines de milliers d'exemplaires ont vu le jour entre le début des années 1900 et 1930.
L'origine du style Craftsman
Les maisons Craftsman sont nées en réaction aux demeures victoriennes, jugées trop grandioses et trop vastes. Le mouvement Arts and Crafts, alors en plein essor, a fourni l'impulsion de ce virage. Les architectes Craftsman prônaient des lignes épurées, des constructions simples, robustes mais élégantes, réalisées autant que possible avec des matériaux produits localement. Cette philosophie architecturale a connu un succès fulgurant au début du XXe siècle.
L'éditeur et fabricant de meubles Gustav Stickley a largement popularisé le courant grâce à sa revue The Craftsman, lancée en 1901, tandis que les frères Charles et Henry Greene, actifs en Californie, en ont signé certaines des réalisations les plus raffinées. Grâce aux plans diffusés dans les catalogues et magazines de l'époque, des milliers de familles ont pu faire construire leur maison à moindre coût.
Le bungalow Craftsman : une organisation intérieure astucieuse
Un bungalow Craftsman peut être de plain-pied ou, plus fréquemment, d'un étage et demi. Dans ce second cas, l'étage se réduit à une seule grande pièce, généralement destinée à devenir la chambre principale ; toutes les autres pièces — cuisine, salon, salle à manger — occupent le rez-de-chaussée.
Extérieur et intérieur sont pensés pour dialoguer sans jamais se faire concurrence. Ces maisons étaient également conçues pour s'intégrer harmonieusement à leur environnement : elles étaient peintes ou lasurées dans des tons terreux évoquant les matériaux naturels.
Caractéristiques architecturales emblématiques
Plusieurs traits stylistiques reviennent sur presque tous les bungalows Craftsman américains :
- une ligne de toit à faible pente ;
- un pignon frontal sur les modèles d'étage et demi ;
- une véranda couverte par son propre toit, souvent soutenue par des piliers épais ;
- des toitures d'origine en ardoise ou en bardeaux de cèdre.
À leur construction, presque tous ces logements arboraient des menuiseries artisanales, à l'intérieur comme à l'extérieur. La pierre taillée à la main constituait un autre atout décoratif extérieur très recherché. Ces détails soignés se retrouvaient aussi bien sur les modèles de plain-pied que sur ceux d'étage et demi.
Couleurs, menuiseries et fondations
Côté couleurs, la palette d'origine mêlait bruns, bruns rougeâtres, verts variés et même bleus clairs. Les fenêtres, souvent à guillotine, étaient nombreuses afin de maximiser la lumière naturelle. À l'intérieur, les boiseries affichaient des lignes nettes et droites, loin des sculptures ornées de l'époque victorienne.
Les modèles d'étage et demi disposaient presque toujours d'un sous-sol, tandis que les bungalows de plain-pied reposaient sur un sous-sol ou un simple vide sanitaire.
Déclin et renaissance au XXIe siècle
Après 1930, les goûts américains en matière d'habitat évoluent, et les maisons Craftsman passent progressivement de mode. Depuis le début du XXIe siècle, toutefois, un regain d'intérêt se dessine : de nombreux bungalows sont rachetés et restaurés avec soin, dans le respect de leurs matériaux et finitions d'origine. Ce patrimoine architectural, symbole d'un artisanat accessible, séduit à nouveau les amateurs d'authenticité.
Source : https://jardin.98905.com/building-remodeling/historic-restoration/1007029436.html
