La manière dont nous percevons un paysage influence profondément la valeur que nous lui accordons. Aux yeux du peuple cri, le paysage naturel tire sa valeur de sa contribution à leur mode de vie traditionnel. Selon le Centre culturel cri de Montréal, les Cris entretiennent avec le paysage une relation à la fois physique et spirituelle.
Les origines : entre toundra et forêt boréale
Le peuple cri trouve ses origines dans la toundra et les forêts boréales subarctiques du nord du Québec, un paysage froid et rude. D'après l'Université Concordia de Montréal, la valeur de ce territoire ne reposait pas sur son habitabilité, mais sur ses ressources. Chasseurs et trappeurs, les Cris vivaient en harmonie avec la nature tout en menant une existence nomade.
Les espèces animales présentes, les caractéristiques géographiques du terrain et les limites imposées par les saisons conditionnaient leur survie. Lorsque les ressources d'un lieu ne répondaient plus à leurs besoins, ils se déplaçaient ailleurs, ne laissant derrière eux que peu de traces de leur passage.
Un nouveau paysage : les terres humides de la baie James
Progressivement, les Cris migrèrent vers le sud pour occuper les forêts et les milieux humides situés à l'est de la baie James. Ils y découvrirent l'occasion d'élargir leur territoire. Bien qu'ils n'aient pas de mot pour désigner « l'écosystème », ils commençaient à en saisir pleinement le concept.
Dans ces zones marécageuses, ils trouvèrent de nouvelles ressources essentielles à l'évolution de leur culture : le riz sauvage et les légumes racines poussant dans les marais, le poisson, ainsi que les oies migratrices et autres oiseaux aquatiques devinrent des aliments de base de leur alimentation.
Selon des études menées par l'Université Concordia et l'Université de l'Arizona, les Cris de la baie James défrichaient arbres et buissons dans les forêts côtières afin de faciliter la chasse au gibier et de laisser davantage d'espace aux baies sauvages. Ils construisaient également des digues pour étendre l'habitat des oiseaux aquatiques et aménageaient des barrages de pêche pour capturer le poisson.
À travers les prairies : l'arrivée des Européens
Le paysage traditionnel cri changea à nouveau avec l'arrivée des Européens dans la baie James au XVIIe siècle. Conscients de l'inévitabilité du changement, les Cris y répondirent avec leur résilience habituelle. D'après le Grand Conseil cri, nombre d'entre eux participèrent finalement à l'industrie de la fourrure comme trappeurs, échangeant avec les Européens des marchandises jusqu'alors inaccessibles.
D'autres, habitués aux terres humides, recherchèrent un paysage similaire le long des marais de la baie d'Hudson. Certains, mécontents de l'intrusion d'étrangers sur leurs terres, choisirent de quitter le Québec pour traverser les prairies du sud du Canada jusqu'en Alberta, débordant même sur le Montana. On les désigna alors sous le nom de Cris des Plaines.
La conception crie du paysage
Les Cris s'adaptèrent à ce vaste paysage ouvert. Ils acquirent des chevaux et se mirent à chasser le bison. Leur alimentation perdit en variété, mais la viande de bison était nourrissante et les peaux trouvaient de multiples usages : aucune partie de l'animal n'était gaspillée.
Privés de l'écorce abondante dans leurs anciennes forêts, les Cris utilisèrent les peaux de bison pour couvrir leurs wigwams et remplacèrent le riz sauvage par les navets des prairies.
Notre conception moderne du « paysage » est avant tout esthétique : elle célèbre l'art de la nature. Or, selon la Bibliothèque nationale du Canada, les Cris désignent le paysage comme leur « jardin ». Celui-ci se compose de leur interconnexion avec les plantes, les animaux, les éléments physiques du territoire et le « Grand Esprit » — un concept complexe, proche de celui d'un système écologique où toutes les parties œuvrent en harmonie.
Source : https://jardin.98905.com/landscaping-outdoor-building/overall-landscape-planning/1007094372.html
