Avant l'émergence du style victorien au milieu du XIXe siècle, les Britanniques admiraient la géométrie, l'ordre et la symétrie de l'architecture grecque et romaine antique. Le néoclassicisme constituait un véritable antidote aux styles jugés trop ornés, tels que le baroque issu de la Renaissance. Le design d'intérieur britannique connut ensuite de profondes mutations lorsque l'industrialisation et la production de masse ouvrirent à la classe moyenne des produits autrefois réservés à l'aristocratie. L'équilibre sobre de la symétrie néoclassique céda ainsi place, dans le design victorien, à une nouvelle conception fondée sur la symétrie, l'harmonie et le motif.
La symétrie néoclassique
Le néoclassicisme s'inspirait de la symétrie gréco-romaine mise au jour par les grandes fouilles archéologiques. Cette recherche de proportion se manifestait dans les demeures par des portes centrées, des fenêtres disposées de manière équilibrée, des colonnes et des portiques à ailes parfaitement identiques.
L'industrialisation, la production de masse et l'ascension de la classe moyenne engendrèrent toutefois des styles victoriens parfois contradictoires. La symétrie néoclassique resta prisée dans certains cercles, notamment parmi les adeptes de l'esthétisme, qui rejetaient le style dit « High Victorian » au profit de références classiques et traditionnelles telles que les styles grec et géorgien. Dans la plupart des demeures victoriennes, cependant, l'ordre et la retenue cédèrent la place à une exubérance décorative assumée.
Un désordre organisé
Les intérieurs de l'époque victorienne, en particulier les pièces de réception, étaient bondés de meubles, de bibelots, de rideaux en brocart ou en velours et d'ornements en tous genres. Le décor comprenait des tissus lourds, de nombreux meubles capitonnés et des revêtements muraux aux imprimés complexes.
La classe moyenne montante affectionnait ces intérieurs surchargés, véritables vitrines de sa nouvelle position sociale. Les propriétaires exposaient dans chaque pièce et sur chaque surface des objets témoignant de leurs goûts, de leurs centres d'intérêt et de leurs ambitions.
Asymétrie et chaos apparent
Les architectes de l'époque victorienne adoptèrent un style résolument asymétrique. Le design d'intérieur victorien abandonna la symétrie évidente au profit d'un équilibre recherché à travers les couleurs, les motifs et les textures. Les dessins minutieux des revêtements muraux et des sols contrastaient avec les étoffes aux motifs colorés, tandis que des techniques spécifiques étaient employées pour appliquer peintures et textures aux murs.
Ces pièces surchargées, avec leurs multiples couleurs, textures et motifs superposés, peuvent sembler dépourvues de toute logique ou symétrie pour un œil contemporain.
La symétrie victorienne : l'harmonie avant tout
La symétrie perdura pourtant dans le design victorien, à travers le contraste et le contrepoint des éléments décoratifs. Elle s'obtenait par l'harmonie, composante aussi essentielle que l'équilibre dans la définition même de la symétrie. Là où l'œil moderne perçoit du désordre, les relations entre les objets étaient parfaitement lisibles pour les Victoriens.
On choisissait ainsi les couleurs selon les principes « d'harmonie par contraste » ou « d'harmonie par analogie », cette dernière consistant à décliner une même couleur en plusieurs nuances. Certains observateurs de l'époque évoquent d'ailleurs les « bandes de couleurs harmonieuses » appliquées aux murs et aux plafonds, ainsi que les combinaisons sophistiquées de papiers peints et de peintures qui caractérisent si bien l'esthétique victorienne.
Source : https://jardin.98905.com/home-design-decor/home-design/1007010012.html
